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Béatrice d'Erceville
À savoir | 31 déc.
5 mn

Bacchus sous les cocotiers
In vino veritas à la sauce polynésienne.

Des vignes en Polynésie Française  © Béatrice d'Erceville
Dominique Auroy Viticulteur en Polynésie © Béatrice d'Erceville
Des vignes en Polynésie Française  © Béatrice d'Erceville
Des vignes alignées au garde-à-vous sur fond de cocoteraie avec le bleu intense du Pacifique en arrière plan. Les adeptes du masque et tuba en Polynésie n’en croient pas leurs yeux. C’est le spectacle grisant que leur réserve un motu (îlot) de l’atoll de Rangiroa dans l’archipel des Tuamotu. Pas de quoi rivaliser avec les crus prestigieux de l’Hexagone, certes. Mais suffisant pour titiller la curiosité des touristes qui s’attendaient à ne siroter que des cocktails-rhums en paréos sur leurs bungalows à pilotis et découvrent des bouteilles de « Vin de Tahiti » aux cartes des restaurants.
La prouesse tient à l’obstination de Dominique Auroy, un Normand parti à Tahiti au début de la décennie 80 pour y développer une société d’hydroélectricité. Homme de défi tout autant qu’amoureux de la vigne, il se lance en 1993 sur un projet incongru qui ne suscite à l’origine que scepticisme amusé : acclimater un vignoble sur ce terroir improbable. Une gageure, qui exige de tester des cépages sur les cinq archipels de Polynésie, des confettis d’îles éparpillées sur un espace de 5,5 millions de km2 grand comme l’Europe. Les expériences sont menées avec le soutien de Bernard Hudelot, un autre passionné, propriétaire du château Villars Fontaine en Bourgogne et chargé de cours à l’université d’œnologie de Lyon. Gagnant de cette sélection qui prendra trois ans, un mini motu de l’atoll de Rangiroa : à 45 mn d’avion de Tahiti, ce cordon de quelques 400 îlots à ras de mer, entourant le plus grand lagon de Polynésie, était jusqu’alors plus connu pour être un haut lieu de la plongée sous-marine.
Reste à maîtriser la croissance des trois cépages retenus, Carignan, Muscat et Italia. Sol corallien, saisons peu marquées sans période froide, omniprésence d’eau salée, l’environnement est pour le moins hostile. Il faudra creuser des puits jusqu’aux nappes d’eau douce, et surtout tailler la vigne après chacune des deux vendanges annuelles pour créer un stress contraignant les ceps à produire une nouvelle floraison. Sans oublier d’éloigner les crabes.
Le résultat de ces efforts ? Le petit domaine de 8 ha, vinifié sur place, donne 60 000 à 70 000 bouteilles par an essentiellement en blanc et rosé. Il fut un temps où on pouvait les déguster dans la cave installée sur le motu voisin d’Avatoru, entre deux promotions « spécial Noël » présentées sur des fûts de chêne à l’ombre des frangipaniers. La cave ne se visitant plus, il faut en commander aux restaurants ou en acheter aux rares boutiques qui en détiennent. Quant à la qualité du nectar, elle divise les commentateurs. Certains n’y voient qu’une curiosité plus exotique qu’œnologiquement remarquable, insistant sur la simplicité des arômes et la longueur réduite en bouche. D’autres se laissent séduire par la fraîcheur de l’attaque, les notes de fruit rouges ou de mangue-ananas avec des pointes d’agrumes, et surtout le singulier accent minéral apporté par le corail.
Mais déjà d’autres inconscients relèvent crânement des défis similaires. Sur un motu de l’atoll voisin de Tikehau, une communauté fait pousser des fruits et légumes – carottes, aubergines, tomates… – sur le sol corallien, avec force procédés bio. À quand la culture des fraises à Bora Bora ?
Crédits photo : Béatrice d'Erceville
Article paru dans le numéro #51 STREET ART
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