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Sophie Colin
News | 2 janvier
11 mn
Agathe Blanquart est une jeune entrepreneuse française trentenaire qui vit à Londres. Ayant fait ses armes chez Shell en Marketing et Business Développement, elle s’est lancée, cette année, dans le rachat d’une marque française de confection de vêtements pour enfants : ALICE à PARIS. De la French Touch au Brexit, du e-commerce aux boutiques éphémères, en passant par les réseaux sociaux, Agathe partage son expérience.
Du ecommerce aux boutiques éphémères, en passant par les réseaux sociaux, Agathe Blanquart, directrice de la marque ALICE à PARIS, partage son expérience. © DR

Du ecommerce aux boutiques éphémères, en passant par les réseaux sociaux, Agathe Blanquart, directrice de la marque ALICE à PARIS, partage son expérience.

Pluris - Comment vous êtes-vous lancée dans l’aventure d’ALICE à PARIS  ?

Agathe Blanquart - J’ai découvert ALICE à PARIS en 2004, l’année de sa création. A la naissance de mes enfants, je suis devenue moi-même cliente. J’ai aussitôt aimé le style décontracté chic de cette marque française de mode enfantine qui habille les filles et les garçons de 3 mois à 12 ans. J’ai toujours pensé qu’elle avait un gros potentiel. J’avais d’ailleurs proposé aux précédents dirigeants de développer l’enseigne en Grande-Bretagne, mais ils n’ont pas donné suite.

Mon mari et moi l’avons finalement rachetée en janvier 2016. J’ai lancé ma première collection le 24 septembre. Le cœur de métier d’ALICE à PARIS est de suivre toute la chaîne, de la création à la vente, avec un positionnement prix assez intéressant. Nous proposons des prix très raisonnables, beaucoup moins chers que ceux pratiqués par les autres designers indépendants et un peu plus chers seulement que les grandes chaînes. Les blouses coûtent environ 25 € ; les robes, 35 € et une tenue complète (jupe et chemise), 55 €.

Je veux que, chaque jour, les gens prennent plaisir à habiller leurs enfants sans dépenser trop, avec de jolis vêtements aux tissus 100% naturels. Et j’accorde une importance particulière aux imprimés.

Quel est le modèle économique de votre entreprise ?

ALICE à PARIS est, juridiquement, une entreprise anglaise (une Limited) puisque j’habite à Londres depuis 13 ans. Mais c’est une marque française. Mon mari et moi en sommes les associés. Le rachat de la marque, des patrons, du stock de tissus… a été financé par nos fonds propres et personnels. La transaction s’est donc faite rapidement et nous a permis de garder notre indépendance dès le début. En nous développant, nous serons amenés à faire appel à du financement extérieur afin que la marque redevienne ce qu’elle était à l’époque où elle avait des boutiques à Paris et un site internet. Techniquement, le modèle d’ALICE à PARIS est quasi exclusivement digital. Les ventes passent par le site. Certaines, néanmoins, se font à l’occasion de points de vente éphémères. C’est un système répandu à Londres. Des marques se regroupent pour limiter les coûts et louent, pendant une semaine, un « vrai » magasin. Cela me permet de voir la réaction des clients et d’obtenir des adresses mail. En France, j’aimerais le faire chez des clients, qui seraient les ambassadeurs d’ALICE à PARIS le temps d’une soirée. Enfin, mon modèle est fondée sur la fidélité. L’enseigne a toujours marché et bénéficiait d’une base solide de clients fidèles. Cette force m’intéressait dans le rachat. Je veux donc entretenir cette fidélité. Je la récompense au moyen de points fidélité et de bons d’achats.

En quoi ALICE à PARIS est-elle French Touch ?

Les fondateurs de la marque sont français. Le nom de la griffe « ALICE à PARIS » est français. Le logo représente un A en forme de Tour Eiffel. Le style des vêtements est très BOBO chic français. Tous les designs sont français. Jusqu’à présent, tous les tissus ont été achetés en France. Je me présente comme une marque française et je mets en avant ce label. A Londres, les réactions sont admiratives : les Français ont la réputation de faire de beaux vêtements pour les enfants. Il y a une vraie reconnaissance du savoir-faire et du style français.

Quelle est votre stratégie business, notamment sur le plan international ?

La majorité de mes clientes sont françaises, essentiellement parisiennes. Je commence à toucher la province. Ma priorité est de développer en parallèle les ventes au Royaume-Uni afin qu’elles atteignent les résultats obtenus en France. L’acheteur français consomme de manière très particulière : il achète beaucoup au moment des soldes ou à l’occasion de promotions. Et, de manière générale, il se fixe un prix à ne pas dépasser. Les Anglais sont très différents et très friands des marques de niche créées par des designers français. Le style d’ALICE à PARIS et les prix que nous pratiquons leur plaisent et le fait que nous ayons des bureaux à Londres les rassure. Ensuite, je souhaiterais m’implanter en Suisse et en Allemagne, où des marques comme la nôtre manquent et où le pouvoir d’achat est important. Dans ma stratégie business, j’ai voulu que le site d’ALICE à PARIS facilite au mieux la navigation et les transactions. On peut acheter par taille ou par catégorie (bébé fille ou bébé garçon et non pas que bébé comme c’est le cas sur beaucoup de sites). On peut zoomer les articles. J’aimerais à terme présenter tous les modèles portés. J’ai mis en place des looks pour aiguiller le client et montrer que telle blouse est très jolie avec tel pantalon. Le plus important dans une transaction e-commerce, c’est de pouvoir tout faire sur une seule page, comme par exemple voir un même modèle dans différents tissus et choisir la taille. J’essaye, par ailleurs, de faciliter les retours d’articles. Pour la France par exemple, j’offre la moitié des frais de réexpédition par Colissimo. Le client peut ainsi changer d’avis contre 3,75 € seulement. A partir de 69 € d’achats, les frais de livraison sont gratuits. Et je livre partout dans le monde.

Quelles sont, pour vous, les conséquences du Brexit ?

Le Brexit est une mauvaise nouvelle pour nous, mais il est un peu tôt pour en mesurer les conséquences. D’abord, d’un point de vue matériel, avec le taux de change. Tous mes plans étaient basés sur une Livre forte alors qu’elle est au plus bas. L’impact sur ma trésorerie est quotidien. Par ailleurs, il y a une incertitude quant aux prix que les fournisseurs vont pratiquer. Ceux qui exportent anticipent en augmentant leurs prix. Mon logisticien m’a annoncé qu’il procéderait à une augmentation. C’est ce qu’a prévu Microsoft. Si le Brexit devait à l’avenir avoir des effets beaucoup plus importants, j’envisagerais sérieusement la création d’une filiale française.

Comment l’e-commerce de la mode enfantine se porte t-il ? Quels en sont les enjeux, les atouts et les limites ?

C’est un marché extrêmement concurrentiel parce que dès qu’on sait coudre et qu’on a un peu de créativité, on a envie de se lancer. On assiste donc à la création de nombreuses petites marques qui parviennent à créer une relation très forte sur les réseaux sociaux et à vendre parce qu’elles proposent un produit de petite proximité et de petit créateur, ce qui est la tendance recherchée aujourd’hui. Elles vont cependant avoir très vite du mal soit au niveau de l’expérience shopping sur le site soit au niveau de l’expérience logistique. ALICE à PARIS, à l’instar d’autres marques, est plus ambitieuse et se donne les moyens pour atteindre un développement d’envergure. C’est, par exemple, le fait d’avoir un site internet très abouti et la volonté d’être présent à l’étranger. Par ailleurs, dans le cas de la France, on peut se heurter à la lourdeur administrative et à l’inconstance législative : une loi favorable à l’entrepreneuriat ou une aide sur laquelle on comptait peut être caduque l’année suivante.

Sur quels réseaux sociaux êtes-vous active ?

Facebook et Instagram. Pour le moment, 3 600 personnes likent la marque sur Facebook et j’ai 600 followers sur Instagram, mais je viens seulement de commencer. La prochaine étape sera Pinterest. Twitter est utile pour parler de sa marque, mais non pour les ventes. Les réseaux sociaux demandent beaucoup d’énergie parce qu’il ne faut poster que des photos professionnelles, plusieurs fois par jour, alterner les produits et les enfants qui les portent, trouver les mots qui accrochent et les bons hashtags. Hootsuite, Later et Latergram sont des applications qui me permettent de programmer des posts plusieurs jours à l’avance. Je commence également à contacter des influenceurs. J’envoie aussi de jolies newsletters deux fois par semaine pour booster les ventes.
Crédits photo : DR
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