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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 21 déc.
8 mn
En atterrissant sur la piste de l’aéroport d’Abu Dhabi, en juillet 2016, d’où il avait décollé quinze mois plus tôt, Bertrand Piccard a remporté son pari : boucler un tour du monde à bord de l’avion solaire Solar Impulse sans dépenser une seule goutte de kérosène. Il mettait fin à un projet, conçu avec son coéquipier André Borschberg, aboutissement de quinze longues années de préparation. Alors qu’il vient de lancer une Alliance internationale des technologies propres, il livre ses impressions sur l’une des plus belles aventures contemporaines.
Bertrand Piccard  © Solar Impulse | Revillard | Rezo.ch

Bertrand Piccard

Pluris – Avez-vous eu des difficultés à trouver des collaborateurs pour monter le projet Solar Impulse ?

Bertrand Piccard – Curieusement c’est dans le secteur de l’aéronautique que j’ai rencontré les esprits les plus sceptiques. Vous savez, les meilleurs experts dans leur domaine ne font que reproduire ce qu’ils ont appris, et du coup, ils ne savent pas réfléchir hors des sentiers battus, ils ont peu d’initiative et de créativité.

Pour Solar Impulse, nous voulions au contraire des collaborateurs qui sachent s’affranchir des conventions, et ceux avec lesquels nous avons travaillé n’ont rien à voir avec le secteur de l’aviation. Et nous en avons trouvé plus de 150 ! Il y avait de tout : des ingénieurs et des techniciens, bien sûr, mais aussi des contrôleurs de mission, des cuisiniers, des spécialistes de la communication, des cinéastes, des logisticiens…

Qui vous a le plus inspiré dans votre voyage autour du monde ? Jules Verne ou Stanley Kubrick ?

Aucun des deux ! C’est beaucoup plus proche de moi, j’ai hérité de la passion de l’exploration scientifique de mes ancêtres. Mon grand-père Auguste Piccard a été le premier homme dans la stratosphère et mon père Jacques Piccard était océanographe, il a atteint les plus grandes profondeurs des océans. Grâce à eux, j’ai côtoyé des explorateurs, des astronautes quand j’étais enfant. J’ai vécu aux Etats-Unis au moment des grandes heures du programme spatial américain, et j’ai rencontré des hommes exceptionnels comme Werner von Braun et même Charles Lindbergh. Avec eux, j’ai compris ce que signifiait prendre des risques.

À quoi pense-t-on quand on est tout seul aux manettes d’un avion solaire au-dessus du Pacifique ?

On a l’impression d’être dans un film de science fiction. Solar Impulse est un avion qui ne ressemble à aucun autre, il peut voler sans jamais se poser car il n’a pas besoin de refaire le plein de carburant : c’est vraiment de la pure science-fiction ! En jetant un œil aux quatre propulseurs argentés de l’avion, je me rendais compte à quel point c’était une aventure fantastique. Mais en réalité, le temps de vol n’a représenté qu’une petite partie, 23 jours seulement, du projet qui s’est étalé sur quinze années. Tout le reste n’était que bureaucratie et administratif. Du coup, on a vécu les rares moments en vol de façon très intense ! Et on se disait que ça valait tous les efforts que nous avions fournis. J’ai gravé en moi chaque instant, chaque son, chaque impression des vols pour les rendre éternels.
Solar Impulse 2 Landing in Abu Dhabi finishing the round-the-world journey © Solar Impulse | Revillard | Rezo.ch

Ressentez-vous une sorte de nostalgie post-partum ?

Avant de voler, j’anticipais la tristesse de la fin du projet. Mais depuis deux ans, je suis soulagé d’avoir su dépasser une éventuelle nostalgie. Ce n’est pas voler dans Solar Impulse qui provoque de la fierté, mais plutôt mener ce projet à bien pendant quinze ans en gardant la foi. Ce qui m’a motivé, c’est faire quelque chose qui n’a jamais été tenté auparavant, en surmontant tous les obstacles, et ils ont été nombreux ! Tous les collaborateurs ont fini par comprendre qu’ils vivaient une aventure pionnière, et qu’ils devaient trouver des solutions en dehors de leur zone de confort.

De quels moments vous vous souvenez avec le plus d’émotion ?

Je ne saurais pas vraiment par où commencer, il y en a eu tellement ! Mais bavarder en direct depuis le cockpit de Solar Impulse avec Ban Ki-moon et les 175 chefs d’État réunis au siège des Nations-Unies à New York pour signer l’accord de Paris sur le climat, ça en jette ! Ça ne faisait que me renforcer dans la justesse de mon projet : pas seulement battre un record, mais bien créer un précédent dans la lutte pour les économies d’énergie contre le changement climatique.

Pensez-vous que votre expérience peut avoir un effet à long terme sur le transport aérien ?

Avec Solar Impulse, je voulais faire la promotion des énergies propres dans la vie quotidienne. L’impact sur le climat provient à 95 % des émissions de CO2 produites au sol, alors que le transport aérien, lui, n’y contribue qu’à 5 %. Il y a des gains considérables d’efficacité à faire sur la construction, les processus industriels ou la circulation routière, et ceux qui prétendent le contraire ne disent pas la vérité. Bien souvent, il suffit de remplacer de vieilles technologies par d’autres qui plus propres et plus modernes, comme les ampoules LED, l’isolation thermique, les compteurs de chauffage, les pompes à chaleur, etc.

Vous venez de fonder l’Alliance mondiale pour les technologies propres. Quelle est son ambition ?

Nous voulons réunir tous ceux qui, à travers le monde, travaillent dans les technologies propres et renouvelables, car ils sont actuellement très dispersés et très mal connectés entre eux. Grandes entreprises, startups, institutions, fondations, ou simples citoyens : ils ont tous des solutions à proposer, dans une multitude de secteurs, la santé, l’environnement ou la lutte contre le changement climatique. Avec la fondation Solar Impulse et ses sponsors, nous allons leur offrir tous nos moyens pour promouvoir leurs idées. L’Alliance prendra la forme d’une plateforme d’échange des meilleures idées, et l’adhésion est gratuite. Notre objectif, c’est de bâtir en moins de deux ans un catalogue de mille solutions rentables.

Pour soutenir l'action de Bertrand Piccard

Le site de l'Alliance Mondiale pour les Technologies Propres.
Crédits photo : Solar Impulse | Revillard | Rezo.ch, DR
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Article paru dans le numéro #130 AVENTURES
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