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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 21 déc.
7 mn
Après avoir présidé General Electric France pendant plusieurs années, Clara Gaymard a cofondé Raise avec Gonzague de Blignières, une société d’investissement qui soutient les entreprises en croissance. Elle revient sur son engagement en faveur de la parité dans les entreprises.

Pluris – Vous présidez le Women’s Forum, qui se réunit chaque année à l’automne. Comment ce forum fait-il avancer concrètement la situation des femmes ?

Clara Gaymard – Le Women’s Forum a pour ambition de donner de la visibilité aux femmes qui sont dans des fonctions exécutives, et de faire connaître leur vision différente du monde. Il n’est pas dans le corporatisme ni dans le sexisme, mais il veut valoriser les talents sous-exploités des femmes, et mettre leurs actions en lumière. Les femmes ont la capacité d’être des actrices à part entière pour rendre le monde meilleur, c’est-à-dire un monde qui donne sa place à chacun.

Beaucoup de mesures ont déjà été prises pour promouvoir la mixité dans les entreprises, mais les choses bougent lentement. Faut-il toujours plus de lois ?

La loi a le pouvoir de changer les comportements, comme la loi Copé Zimmermann l’a montré. On pourrait en imaginer une autre qui inciterait par des mesures fiscales les comités de direction à intégrer 40 % de femmes. Mais la question n’est pas seulement juridique, elle dépend aussi de la volonté des entreprises. Certaines montrent l’exemple : Sodexo a traité la question de la diversité comme une priorité, avec succès. Si la diversité reste un sujet parmi d’autres, d’autres questions prennent le pas et rien n’avance. Or elle est l’outil qui permet aux autres objectifs d’aboutir.

D’après votre expérience, comment la France se situe-t-elle en matière d’égalité hommes femmes ?

Sur le plan législatif et règlementaire, la France a fait un travail formidable qui va dans la bonne direction. Mais dans les faits, elle reste un pays très macho, ce qui se mesure par beaucoup d’aspects : égalité salariale, harcèlement… La langue française, en particulier, reste dominée par le masculin, alors qu’il y a plus de deux siècles, les mots étaient à la fois masculin et féminin. Il faut revenir à cet équilibre.

Voyez-vous des différences dans le management des femmes et celui des hommes ?

Bien sûr, mais je n’aime pas cette classification. Cela revient à dire que tous les hommes sont bagarreurs et toutes les femmes, gentilles, c’est faux ! Une femme dans un milieu d’hommes est tout le temps ramenée à sa condition de femme, et tout est vu à travers le prisme du sexe. Or si le sexe nous caractérise, il ne nous détermine pas. Lorsque la parité est réalisée, le sexe n’influe plus sur le mode de management.

Quelle est la politique de Raise en faveur de la parité ?

Nous aidons volontiers les femmes qui se lancent dans l’entrepreneuriat parce qu’elles rencontrent plus de difficultés à lever des fonds et à gagner la confiance des grands groupes. Quand je rencontre des startups créées par des hommes, je leur conseille d’intégrer des femmes dans leur comité de direction s’ils veulent qu’on les aide. Ceux qui le font reconnaissent que ça change l’ambiance : ils sont moins dans le combat de coqs.

Est-ce une position partagée par Gonzague de Blignières, votre partenaire de Raise ?

Il était ouvert à l’idée de parité, mais nous avons commencé par recruter des hommes, parce que dans le private equity, il y a 95 % d’hommes ! Or pour moi, la parité était non négociable, pas pour des raisons morales, mais pour être plus performant. On les a trouvées et elles sont exceptionnelles, autant que les hommes d’ailleurs ! Aujourd’hui, la parité est totale : chacun s’exprime en fonction de sa personnalité et la question du sexe de l’interlocuteur ne nous vient même plus à l’esprit. Je suis convaincue que c’est un élément clé de notre performance.

Être une femme a-t-il été un obstacle dans votre carrière ?

J’ai toujours essayé de ne pas me poser en victime, mais il est certain qu’à niveau de formation égal, j’ai eu moins d’opportunités qu’un homme. J’ai donc saisi toutes celles qui se présentaient. Ces opportunités m’ont été offertes par des hommes qui avaient le pouvoir. Mais il n’est ni juste ni normal que la carrière des femmes dépende des hommes. Ce n’est pas qu’ils soient tous machos loin s’en faut, c’est juste que ce n’est pas sain ! C’est pour cette raison qu’il faut davantage de femmes au pouvoir : pour que les décisions soient prises à égalité, comme dans un couple.

Comment votre regard a-t-il évolué depuis que vous avez commencé à travailler ?

En progressant dans ma carrière, j’ai pris davantage conscience des enjeux. À 30-40 ans, je pensais pouvoir faire avec les remarques sexistes, et que c’était dans l’ordre des choses. Mais quand j’ai obtenu des postes à responsabilité, je me suis rendue compte que rien ne changerait tant que les décisions ne seraient prises que par des hommes. J’ai donc décidé qu’il en irait autrement et je n’ai pas cédé. Peu de femmes ont la chance de pouvoir imposer leur point de vue. Si je ne le fais pas dans ma position, qui le fera ?
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #137 NOËL
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« La carrière des femmes ne doit pas dépendre des hommes » à un ami.
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