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Pascal de Rauglaudre
Entretien | 17 mars
7 mn

Bataille d'ivrognes autour d'un cadavre
La mort de Staline ? Une farce politique frappadingue, raconte Fabien Nury, qui en a fait une bd. Son scénario a inspiré un film qui sort début avril, à ne pas rater !

La mort de Staline, pure farce politique, histoire totalement absurde, confie Fabien Nury, auteur d'une bd sur le sujet. Sortie du film début avril. © DR
Staline agonise. La mise en scène de ses funérailles est un acte hautement politique. Or les membres du Politburo, tétanisés, n'ont rien prévu. Ils s’espionnent pour savoir lequel d’entre eux bougera le premier et accèdera au pouvoir suprême. Béria, le chef des services secrets, a une longueur d’avance. Il a des dossiers sur tout le monde et la police politique est à sa botte. Il achève consciencieusement de violer une petite fille avant de répondre au téléphone qui lui annonce la nouvelle.

Cette tragédie de l’histoire avait tout d'une farce. Fabien Nury et Thierry Robin en ont fait une bande dessinée, sortie en 2011 : La mort de Staline. Elle a inspiré un film du même nom, qui sort en France début avril. Fabien Nury, le scénariste, revient sur la réalisation de la bd.

Pluris – Vous êtes diplômé d’une grande école de commerce. Pas vraiment le cursus d’un scénariste de bande dessinée…

Fabien Nury – L’école de commerce, c’est parfait pour tous les gens qui ne savent pas quoi faire ! Je cherchais un métier qui me passionne, et j’aime raconter des histoires. Pendant mes études, j’écrivais déjà des scripts, que j’essayais de placer au cinéma et en bande dessinée. Deux ans après la sortie de l’école, alors que je bossais dans la pub comme concepteur rédacteur pour des produits culturels, j’ai signé mes premiers contrats.

Le film inspiré par votre bd La mort de Staline va sortir très prochainement sur les écrans. Staline évoque-t-il encore quelque chose à nos contemporains ?

C’est sûr que la mort de Staline, ça ne sentait pas le succès commercial. Une histoire de vieux ivrognes en 1953 qui se chamaillent autour d’un cadavre de dictateur, ce n’est ni moderne, ni sexy. Il n’y a pas de héros, bref, tout ce qu’il faut pour déplaire aux lecteurs. Et pourtant, il y avait quelque chose de captivant dans cette histoire : la chute des puissants, les fins de règne, la bataille pour le pouvoir, bref, le genre d’événements qui suscite une fascination éternelle. Et là, c’était gratiné ! Tout baignait dans la folie et la vodka.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cet événement historique ?

Il se trouve que j’adore l’histoire et les récits historiques. En feuilletant les vieux livres de mon grand-père, j’ai découvert cet épisode qui m’a fasciné. J’avais l’intuition que la mort de Staline avait provoqué une sérieuse pagaille et des luttes de pouvoir sanglantes. Et effectivement cette histoire est horriblement drôle. On imagine un thriller politique à la John Le Carré, on se retrouve avec Docteur Folamour pour sa mise en scène de l’absurde, le décalage entre les enjeux géopolitiques et la trivialité de la situation ! Tout est tellement absurde que j’en ai fait une comédie noire.
La mort de Staline, pure farce politique, histoire totalement absurde, confie Fabien Nury, auteur d'une bd sur le sujet. Sortie du film début avril. © DR

La mort de Staline, pure farce politique, histoire totalement absurde, confie Fabien Nury, auteur d'une bd sur le sujet. Sortie du film début avril.

Vous avez accumulé beaucoup de documentation ?

Oui, notamment les témoignages laissés par l’entourage de Staline, mais ils se contredisent. L’un des livres les plus hilarants est celui du fils de Béria qui raconte que son père est raisonnable, honnête et sympa, et n’avait jamais tué personne. Le dessin, lui, exige énormément de documentation. Heureusement, Thierry Robin, l’illustrateur, s’était passionné pour la vie de Staline avant qu’on se rencontre, et il avait accumulé une documentation abondante. Sa connaissance du sujet garantit la crédibilité de l’histoire et son style graphique renforce l’ironie et la dimension de comédie noire.

Avez-vous pris beaucoup de liberté par rapport à la réalité historique ?

En tant qu’auteur, je suis libre de déterminer le degré de réalisme de mes histoires. Mais sur Staline, je n’ai pas eu besoin d’inventer grand chose, la réalité dépasse largement la fiction ! Quand Staline est pris de malaise, on cherche un médecin mais ils sont tous au goulag à cause du Procès des blouses blanches ! Je ne pouvais pas l’inventer. En exergue du livre, j’ai quand même publié un avertissement : attention, ça reste une fiction, ce n’est pas une thèse d’historien !

Que pensez-vous du film ?

J’en suis plus que fier ! Le simple fait que le milieu du cinéma a lu ma bd, c’est une forme d’accomplissement. Le film est d’une grande qualité, les acteurs sont aussi bons qu’on pouvait l’espérer. Armando Iannucci, le réalisateur, est resté fidèle à l’esprit de la bande dessinée, il en a gardé toutes les intentions principales et tous les temps forts. Son boulot prouve que c’était une bonne bd.

Que retenez-vous de votre passage à ESCP ?

J’ai conservé une bande de copains dans des carrières pas très éloignées de la mienne, des auteurs de bande dessinée, des producteurs, des agents, j’ai eu des bons stages pour faire de l’édition. Et puis j’aurais dû plus écouter en cours…
Quelques bandes dessinées de Fabien Nury
 Tyler Cross - tome 3 - Miami, Dargaud, 2017, 96 p., 17 €.
 Silas Corey, avec Pierre Alary (illustrations), Glénat, 2017, 144 p., 30 €.
 La Mort de Staline, avec Thierry Robin (illustrations), Dargaud, 2011, 144 p., 25 €.
 Mort au tsar, vol. 1 et 2, avec Thierry Robin (illustrations), Dargaud, 2014, 56 p., 14 € chaque volume.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #138 DENTELLES
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