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Pascal de Rauglaudre
Focus | 17 août
8 mn
Il y a quelques semaines, une vidéo de Françoise Hardy a été publiée sur Youtube. Quelqu’un lui demandait pourquoi Donald Trump avait obligé Sean Spicer, son responsable de la communication, à exagérer le nombre de participants à son investiture. Françoise Hardy a d’abord nié, avant de répondre que Sean Spicer avait livré des « faits alternatifs ».

Curieuse sensation de ventriloquisme extra-terrestre. Françoise Hardy a l’air d’avoir 20 ans, alors qu’elle en a 73 aujourd’hui. Mais surtout, sa voix est celle de Kellyanne Conway, conseillère en communication de Donald Trump.

La vidéo s’appelle Alternative Face v1.1. Son auteur, un artiste allemand du nom de Mario Klingemann, a synchronisé une interview de Kellyanne Conway sur une vidéo de François Hardy. Pour y parvenir, il a utilisé un nouveau système, le Generative Adversarial Network (GAN), qui a extrait 68 repères faciaux à partir de plusieurs clips de Françoise Hardy et de Kellyanne Conway. L’expérience lui a pris trois jours, avec un simple PC.
On connaissait déjà les images retouchées qui envahissent les réseaux sociaux. Voici qu'arrive une nouvelle génération de logiciels de retouche audio et vidéo. Elle combine l’intelligence artificielle avec les nouvelles possibilités graphiques des ordinateurs.

Ces logiciels pourront créer des séquences vidéo très réalistes de personnalités publiques qui diront tout ce que leurs auteurs veulent qu’elles disent : Emmanuel Macron pourra annoncer qu’il sera le premier Français sur la planète Mars, Angela Merkel avouer ses fantasmes sexuels, ou Donald Trump déclarer sa passion pour la philosophie kantienne, le tout de façon ultra-crédible

Fake news du futur

Pendant longtemps, on nous a prévenu de ne pas croire tout ce qu’on lisait dans les journaux. Bientôt, il faudra donc aussi se méfier de ce qu’on voit et de ce qu’on entend.

Plusieurs équipes de recherche dans des universités américaines planchent actuellement sur la capture et la synthèse d’éléments audio et vidéo de mouvements humains.

À Stanford University, un logiciel peut déjà retoucher des images vidéo de personnalités politiques pour y mettre en temps réel d’autres mots dans leur bouche. Le logiciel Face2Face capture les expressions faciales d’une personne qui s’exprime face à une caméra. Puis il les applique directement sur le visage d’une personnalité dans une vidéo. Pour montrer la puissance de sa technologie, l’équipe de recherche a trafiqué des interviews George W. Bush, Vladimir Poutine et Donald Trump.

Face2Face ressemble à un logiciel pour créer des mèmes et faire rire les invités des talk shows. Mais quand une voix synthétisée lui est ajoutée, il devient très convaincant : l’image et le son sont ceux d’un véritable homme politique.
Une équipe de l’Université d’Alabama a travaillé sur l’imitation de la voix. Avec un échantillon de quelques minutes, récupéré sur une radio ou sur Youtube, elle a créé une voix synthétique qui peut leurrer aussi bien les humains que les systèmes de sécurité à reconnaissance vocale, déjà utilisés par des banques et des smartphones. La voix qui parle dans un micro est immédiatement convertie par un logiciel de telle sorte que les mots ont l’air d’être prononcés par une personnalité.

La startup canadienne Lyrebird a développé un système semblable, qui transforme en temps réel du texte en audiobooks, comme s’il était lu par des voix célèbres.

Synthétiser Obama

Combinées avec des technologies de morphing facial, ces technologies de transformation de la voix peuvent créer des déclarations parfaitement réalistes de personnalités politiques, bien que complètement fausses.

Il suffit de jeter un œil sur le projet Synthesizing Obama de l’Université de Washington. Des développeurs ont récupéré les paroles d’un discours d’Obama et les ont synchronisés avec une incroyable précision sur une vidéo entièrement différente. Ça donne une idée du caractère trompeur de ces manipulations.

Ces technologies de morphing sont encore loin d’être parfaites. Les expressions du visage dans les vidéos peuvent paraître légèrement déformées ou pas très naturelles, et les voix sont encore robotiques. Mais en se perfectionnant, elles pourront recréer fidèlement les sons et l’apparence d’une personnalité.

La vérité se trouve dans la météo

Comment distinguera-t-on le vrai du faux ? Ce sera la nouvelle mission des médias, qui devront examiner avec encore plus d’acuité les contenus reçus. Quelques éléments leur permettront de trier le bon grain de l’ivraie : les témoins des événements, les lieux du tournage, les conditions météorologiques…

C’est ce que fait déjà Amnesty International qui s’est équipée d’un Citizen Evidence Lab pour vérifier les images de violations éventuelles des droits de l’homme. Ce lab utilise Google Earth et Wolfram Alpha, un moteur de recherche pour examiner les arrière-plans. Les données sont croisées avec les conditions météorologiques connues à la date indiquée de la prise de vues.

La cryptographie pourrait aussi aider à vérifier que le contenu provient d’une source de confiance, en signant les supports avec un système de clé. Les médias « sérieux », quant à eux, étudieront l’éclairage et les ombres dans les vidéos, la taille des éléments du décor, la qualité de la synchronisation entre le son et l’image. De cette façon, les contenus trafiqués ne passeront pas le barrage des salles de presse les plus rigoureuses.

Mais cela n’empêchera pas leurs auteurs de les poster sur les réseaux sociaux et de leur donner le maximum d’écho. Avec le risque de déclencher des désastres politiques ou diplomatiques.

Il suffit d’imaginer Donald Trump déclarant la guerre à l’Iran.
Crédits photo : Françoise Hardy DR
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Article paru dans le numéro #134 RENTRÉE
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