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Victor Pellissier
Focus | 6 avril

Le MMA est-il vraiment dangereux pour la santé ?
Les combats en cage sont autorisés dans le monde entier, sauf en France. Pourquoi ça ne sert à rien de les interdire.

MMA, Mixed martial arts © DR
C’est le 9 juillet prochain que Connor Mc Gregor, la superstar irlandaise du MMA, va prendre sa revanche sur l’Américain Nate Diaz, comme l’a annoncé l'Ultimate Fighting Competition, l’organisation d'arts martiaux mixtes, jeudi dernier. Ce combat est très attendu par les fans, après la défaite du premier par le second au début du mois de mars.
Cet événement sera le 363e organisé dans le monde par l'UFC, et pourtant l'organisation de compétitions de Mixed martial arts (MMA) est toujours interdite en France. La longévité et la popularité exponentielle de ce sport à l'étranger n'y fait rien, la pratique en compétition reste limitée juridiquement. Toutefois, le débat sur une éventuelle autorisation semble émerger.

Une interdiction isolée en Europe, des justifications contestées

Le MMA n'est pas expressément interdit dans la loi française. Mais les autorités publiques s'appuient sur une recommandation du Conseil de l'Europe de 1999 conseillant aux États membres d'interdire les sports en cage. Thierry Braillard, secrétaire d'état au sport, considère pour sa part les événements MMA illégaux car ils porteraient atteinte à la dignité humaine.
Or selon lui, « Il y a une loi dans le code du sport qui interdit tout gala dans lequel il y a atteinte à la santé ou à la dignité humaine. » L'interdiction légale semble donc être une question d'interprétation des textes plus que d'incompatibilité juridique absolue. Nombreux sont les pays ayant ainsi choisi une interprétation beaucoup plus permissive. Les compétitions de MMA sont ainsi autorisés dans l'ensemble des pays voisins (Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Suisse...) faisant de la France l'unique grand pays de l'UE où elles sont illégales.
Les deux principaux reproches émis par les autorités françaises sont la cage entourant le ring, et les frappes au sol. Pour ce premier point, la vision du Conseil de l'Europe et de Thierry Braillard (qui considère la cage comme un retour aux « jeux du cirque ») est dépassée. Tout d'abord, d'un point de vue légal la recommandation du Conseil de l’Europe est obsolète car elle considère faussement le MMA comme une pratique sans « règle appropriée » et lui reproche des faits soit injustifiés comme le « danger pour les spectateurs » soit se retrouvant dans d'autres sport « notamment les jeux d'argent ».
Il existe un réel décalage entre la vision des autorités et la réalité du sport en France. Alors que les cages UFC sont considérées comme portant atteinte à la dignité humaine, certains événements de sport de combat dûment autorisés par les autorités françaises disposent de ring particulier. Pourtant existe-t-il une différence flagrante d'atteinte à la dignité humaine entre les deux arènes ?
À propos des frappes au sol, l'argument est légitime. Certains spécialistes, comme Jean-François Chermann, neurologue spécialiste des commotions chez les sportifs, mettent en avant le fait que le MMA est « un sport traumatogène dans lequel on peut avoir des commotions, […] or les commotions répétées ne sont pas bonnes pour le cerveau, vous pourrez peut-être le payer ».
Deux réponses sont apportées par les fans de MMA. Tout d'abord, il n'y a pas de lien établi entre frappes au sol et commotions. Pour certains pratiquants, contrairement à ce que peut croire un public non averti, un combattant au sol est potentiellement aussi bien protégé qu'un combattant debout grâce aux techniques du MMA. Il n'y a pour l'heure pas de chiffres prouvant que les commotions se produisent majoritairement au sol ou au contraire debout. Ensuite, la peur des commotions traverse les frontières des sports, et le problème est tout aussi important au rugby qu'au football américain. Ceci ne devrait donc pas se traduire pas l'interdiction discriminante d'un sport mais pas de l'autre.
MMA, Mixed martial arts © DR
MMA, Mixed martial arts © DR

Des retombées potentiellement faramineuses

Si le débat fait rage, c'est que des conséquences positives découleraient d'une éventuelle légalisation des compétitions. La principale serait économique. Le MMA est un sport extrêmement populaire dans le monde et la France n'y échappe pas. L'UFC, la ligue la plus prestigieuse, est aujourd'hui devenue une véritable multinationale. Avec 20 millions de likes sur Facebook, la marque compte plus d'abonnés que les traditionnelles ligues américaines de base-ball et de football américain réunis.
Le phénomène étant devenu international, l’UFC a déjà organisé de nombreuses soirées dans le monde entier. Ces événements remplissent partout des salles de dizaines de milliers de fans tandis que l'audience des pay-per-view explose avec un record à plus de 36 millions de spectateurs. Grâce à cette popularité, l'UFC a gagné plus de 500 millions de dollars de revenus en 2014. Après le Mexique, l'Australie, la Corée du Sud, la Pologne, l’Écosse et l'Irlande, l'UFC a annoncé la tenue de combats à Zagreb en Croatie le 10 avril et à Rotterdam aux Pays-Bas le 8 mai, preuve de son succès en Europe. Il est dommageable que la France soit le dernier pays européen à renoncer à ces événements et à leurs retombées économiques pour des considérations dépassées.
Le statu quo doit évoluer. Si la raison économique ne suffit pas, les autorités se doivent de protéger les pratiquants français. Autorisés seulement à s’entraîner, ceux-ci sont contraints de s'exiler dans des pays où les règlements sont parfois laxistes pour combattre pendant que d'autres profitent des failles du système pour organiser des fights clandestins. Un début d'inflexion de la loi est peut-être aujourd'hui en cours puisque le Cirque d'Hiver de Paris a organisé le premier gala légalement autorisé en France en novembre dernier. Cependant, ce gala a été rendu possible non par une autorisation expresse mais par la passivité de l'administration. Il s’est attiré les foudres de Thierry Braillard et ne fait donc pas encore jurisprudence.
Victor Pellissier
Après avoir étudié le droit économique à Sciences Po Paris, Victor a finalement choisi de ne pas passer le barreau pour se consacrer à sa passion : le sport. Il se spécialise alors en management du sport. Passionné de football, il supporte l’OL et traîne sa carcasse sur les terrains de la capitale.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #106 SCALE UP
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