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Pascal de Rauglaudre
News | 31 mars
7 mn

De l’art de consommer
Objets du quotidien, avez-vous donc une âme ? Oui, démontre la galerie Le Collectionneur Moderne, en réunissant 5 artistes dans une exposition à voir du 7 au 9 avril.

De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Vanité blanche, de Ludovic Alussi
Banal, invisible, ingrat, le bien de consommation s’est inséré dans notre vie quotidienne jusqu’à disparaître de notre regard. Pourtant il peut aussi être une matière artistique, capable d’éclairer nos propres comportements. C’est ce qu’a voulu prouver la galerie Le Collectionneur Moderne en rassemblant dans sa toute dernière exposition, De l’art de consommer, une sélection d’œuvres d’art inspirées par la consommation.

Trouver des artistes qui s’expriment de façon radicale sur le sujet n’est pas si simple : « La consommation a été abondamment traitée par le Pop Art et l’art conceptuel, explique Frank Puaux, directeur de la galerie. J’ai préféré inviter des artistes qui incorporaient la dimension humaine de la consommation dans leur démarche. »
Pour monter l’exposition, il a privilégié un certain panachage disciplinaire : un photographe, trois peintres et un sculpteur, même si dans les faits, les genres se mélangent, et les talents émergents côtoient des artistes confirmés.

La jeune artiste Aranthell, par exemple, peint des objets du quotidien, frigos, steaks sous blister, fonds de boîtes de conserve, avec une technique picturale affirmée. « Elle est très inspirée par les lectures de Perec, et peint ce que ses objets du quotidien réveillent d’elle et ce qu’ils éveillent chez les spectateurs. »

Bien que peu valorisée, la résine exprime à la perfection les biens de consommation. C’est le matériau de prédilection du sculpteur Julien Gudea, et sous ses doigts, elle devient objets entamés, consommés, consumés : bougies fumées, pommes croquées, allumettes brûlées, bouchons machonnés. « Julien étudie comment la consommation affecte la forme de l’objet, dans un jeu admirable de couleurs, de textures et de facettes, qui exige un vrai savoir-faire technique. »
Peintre plasticien hollandais exposé pour la première fois en France, Gurt Swanenberg bâtit des ponts entre l’univers des marques et la zoologie, au moyen d’animaux, de crânes, de squelettes qu’il intègre à ses œuvres. « Gurt se focalise sur le répertoire publicitaire et les logos. En s’inspirant des cabinets de curiosité des 17e et 18e siècles, il questionne l’avenir des marques : accaparé par la publicité, le public ne finit-il pas par délaisser les sciences naturelles ? »

Plus conceptuel, Jean-Christophe Robert, peintre plasticien, interroge la dimension commerciale de l’art, par une recherche constante sur les genres de la peinture, le paysage, la nature morte, le portrait, etc. « C’est un vrai bricoleur qui fabrique lui-même ses châssis en forme de logos de multinationale, et leur applique des toiles de Monet en sérigraphie. Les Nymphéas sur la virgule de Nike, c’est quasiment un logo en soi ! »

De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Infraordinaire congélateur, d'Aranthell
De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Luxuria Goat, de Gurt Swanenberg
De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Paysage Nike, de Jean-Christophe Robert
De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Pommes, de Julien Gudéa
De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR
Vanité, de Ludovic Alussi
De l'art de consommer, exposition de la galerie Le Collectionneur Moderne. © DR

Inventer le commissaire d’exposition du 21e siècle

Troisième exposition du Collectionneur moderne, De l’art de consommer se distingue des précédentes par son style. « Une exposition est une sorte de microcosme dans lequel les œuvres se côtoient et se complètent. Celle-ci sera plus chatoyante, avec les couleurs et les formes caractéristiques de l’univers des marques. »

Chaque exposition est accompagnée d’une vidéo, vecteur incontournable de découverte des artistes. « La vidéo permet aux visiteurs de faire connaissance avec les œuvres, de porter un regard nouveau sur l’artiste et son travail. Elle est complétée avec un texte d’approfondissement de la démarche artistique. »
Avec la vidéo, Frank Puaux revendique une démarche inédite dans le marché de l’art. « Les galeries ne se sont pas encore appropriées la vidéo. Or, c’est le moyen le plus efficace pour communiquer sur Internet. Mais attention : je cède rien de la démarche curatoriale pour autant. Je sélectionne les artistes avec rigueur, je construis un discours autour de leurs œuvres, et j’organise des événements tous les trois mois pour réunir une communauté. »

Il est vrai que les perspectives du marché de l’art sur Internet sont très prometteuses. Mais une œuvre d’art s’achète-t-elle comme un bien de consommation banal ? « Les amateurs ont plus que jamais besoin d’accompagnement. Le galeriste est là pour leur donner des outils pour comprendre les œuvres, et la vidéo est un outil idéal pour y arriver. »

En savoir plus sur la démarche du Collectionneur moderne

De l’art de consommer, exposition inaugurale les 7, 8 et 9 avril, 5 place de Thorigny, Paris 3e.
Crédits photo : DR
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