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Sophie Colin
Entretien | 11 sept.
12 mn
Non, les Archives nationales ne sont pas un endroit poussiéreux rempli de vieux manuscrits oubliés. Elles regorgent de trésors, documents uniques, sceaux et objets exceptionnels liés à l’histoire de France. Poussées par les nouvelles règles de gestion des finances publiques, elles s’ouvrent au mécénat pour enrichir, restaurer, numériser leurs collections. Guillaume Dinkel, chargé depuis un an de la promotion du mécénat au sein du Service de la communication des Archives nationales, ex-bibliographe-expert en manuscrits médiévaux et modernes, nous explique les enjeux du mécénat pour une administration. Qui a dit que les jeunes générations ne s’intéressaient pas aux trésors de la mémoire nationale ?
Guillaume Dinkel, chargé de la promotion du mécénat aux Archives nationales  © Archives Nationales

Guillaume Dinkel, chargé de la promotion du mécénat aux Archives nationales

PLURIS – Comment fonctionne le mécénat au sein des Archives nationales ?

Guillaume Dinkel – Il existe plusieurs types de mécénat : financier, au moyen de dons en numéraires, qui représente 90 % de ce que nous recevons ; en nature, par le don d’un bien ou la fourniture de matériel ; et en compétences, par la mise à disposition de personnel.

Mon rôle consiste à examiner les dossiers qui me sont soumis en interne, les conservateurs fixent le budget et j’envoie des dossiers de mécénat à des prospects, en précisant les finalités, l’impact et les avantages fiscaux. Dans cette perspective, nous allons développer le crowdfunding, par exemple pour des dessins envoyés à Napoléon représentant ses projets d’invasion de l’Angleterre ou encore des projets d'uniformes imaginés par David, une opération qui s’élève à près de 100 000 €.

Hormis la Fondation du Patrimoine, trois grands opérateurs de crowdfunding proposent un mécénat sur mesure pour la culture : Culture Time, Dartagnans et Art Angels.

le Registre des comptes du château d'Amboise est conservé à l'hôtel de Soubise, aux Archives nationales, à Paris © Archives Nationales
le Registre des comptes du château d'Amboise est conservé à l'hôtel de Soubise, aux Archives nationales, à Paris

Qui sont vos principaux mécènes ?

La Banque de France, le groupe Axa, la Fondation BNP Paribas, La Fondation EDF, les banques HSBC et Palatine, la Maison Méert… 95% d’entreprises (toutes françaises) dont une petite part de PME. 5 % sont des particuliers, notaires, conservateurs, professeurs d’universités… Stéphane Bern, à travers sa société Gotha Conseil, nous a notamment soutenus. Et il y a la société des Amis des Archives de France. Les Français ne sont pas familiarisés avec le mécénat, et les musées qui y ont recours ont l’impression de se compromettre. Pourtant d’après une étude de l’association Admical, la philanthropie en France représente près de 8 milliards d’euros, dont 700 millions par an donnés à la culture. La loi Aillagon de 2003 l’a beaucoup encouragée, en prévoyant une réduction de 60% sur l’impôt sur les sociétés dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires HT. Nous aimerions aujourd’hui qu’elle passe à 1% pour les PME. Et en introduisant des contreparties de relations publiques allant jusqu’à 25% du don. Les particuliers bénéficient, eux, d’une réduction de 66% des sommes versées dans la limite annuelle de 20% de leur revenu imposable.
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans les Grands dépôts des Archives Nationales, à l'hôtel de Soubise, à Paris © Sophie Colin
Exemple d'archives publiques de l'Ancien Régime conservées dans l'hôtel de Soubise, aux Archives nationales, à Paris

Quelles sont les priorités de votre politique de mécénat ?

Depuis 2012, nous proposons une programmation artistique d’art contemporain et de spectacle vivant financée en partie par des mécènes. Elle nous permet de renouveler notre image et de toucher d’autres types de public. Nous avons, par exemple, rejoint la YIA Art Fair et tous les musées du Marais dans le réseau « Marais Culture Plus ». Et à côté de nos expositions d’art contemporain, il y a celles du musée des Archives nationales. L’autre priorité concerne bien sûr les acquisitions de documents classés « Trésor national » ou « Œuvre d’intérêt patrimonial majeur », sur décision du ministre de la Culture. Il s’agit de pièces ayant une valeur exceptionnelle d'un point de vue artistique, historique, archéologique... La qualification « Trésor national » correspond à celles qui risquent d’être vendues à l’étranger : il y en a dix à quinze par an en France ; une par an aux Archives nationales.
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans l'hôtel de Soubise, aux Archives nationales, à Paris  © Sophie Colin
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans l'hôtel de Soubise, aux Archives nationales, à Paris
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans les Grands dépôts des Archives nationales, à l'hôtel de Soubise, à Paris © Sophie Colin
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans les Grands dépôts des Archives nationales, à l'hôtel de Soubise, à Paris

Les Archives nationales ont récemment acquis plusieurs pièces exceptionnelles grâce à l'appui du Service interministériel des Archives de France : les fonds Robespierre et Turgot, le registre des comptes du château d’Amboise et les décors de la Chancellerie d’Orléans. Comment se sont déroulées ces opérations ?

L'escalier d'honneur de l'hôtel de Soubise, Archives nationales, site de Paris où sont conservées les archives publiques de l'Ancien Régime et les Minutes des notaires © Sophie Colin

L'escalier d'honneur de l'hôtel de Soubise, Archives nationales, site de Paris où sont conservées les archives publiques de l'Ancien Régime et les Minutes des notaires

Le fonds Robespierre se compose de brouillons de discours rédigés par Maximilien de Robespierre. Il était en vente chez Sotheby’s en 2011. Des passionnés rassemblés par la Société des Etudes Robespierristes et l’Institut d’histoire de la Révolution française à Paris I ont collecté une centaine de milliers d’euros. Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture et de la Communication, a débloqué les 700 000 € restants. Le fonds Turgot réunit notamment des correspondances avec les philosophes de l’époque, Rousseau, Diderot… On y trouve une lettre de David Hume confiant que Diderot « is a mad man » et qu’il faut l’interner ! Le fonds, qui appartenait aux descendantes de Turgot, représente 13 m linéaires, soit près de 8 m3 d’archives. Il nous a fallu près de trois ans pour réunir les 8,5 millions d’euros, avec Sotheby’s comme intermédiaire. C’est finalement la Banque de France qui les a fournis. Elle va exploiter le fonds car elle a décrété 2017 année Turgot et souhaite mener une réflexion sur la pensée libérale française. Le registre des comptes du château d’Amboise a fait l’objet d’une souscription publique. Axa a apporté 90 000 € sur les 100 000 € nécessaires, le reste ayant été complété par des souscripteurs privés. L'ensemble du grand chantier de Charles VIII, qu’il ne verra jamais, se découvre au fil des pages, y compris la première couveuse artificielle de poussins au monde ! Les décors de la Chancellerie d’Orléans proviennent de l'hôtel d'Argenson que la banque de France a fait détruire dans les années 20 pour s’y installer. Elle en avait toutefois conservé les décors en s’engageant à les remonter tels quels, ailleurs. Promesse tenue : elle finance actuellement, avec le World Monument Fund (mécènes américains), la restauration et le remontage des décors dans l’hôtel de Rohan. Lui-même est en cours de restauration pour un total de 12 millions d’euros. Il sera ouvert au public avec les décors de la Chancellerie d'Orléans remontés en 2019 et nous l'espérons totalement rénové à l'horizon 2020 grâce notamment au mécénat de plusieurs banques. Des opérations aussi importantes sont très politiques : certains mécènes, par exemple, ne souhaitent pas être sur le même objet que d’autres ou intervenir au même moment. Les travaux seront probablement échelonnés sur 2018, 2019 et 2020 afin que chaque restauration ait un mécène différent.

Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans les Grands dépôts des Archives Nationales, à l'hôtel de Soubise, à Paris © Sophie Colin
Les archives publiques de l'Ancien Régime sont conservées dans les Grands dépôts des Archives Nationales, à l'hôtel de Soubise, à Paris

Quels sont vos projets de mécénat à venir ?

La restauration et la numérisation des registres des ordonnances et édits royaux enregistrés au Parlement de Paris, un ensemble de lois uniques au monde et assez conséquent. La restauration d’un paravent à peintures chinoises sur soie datant du 18ème siècle, témoin vivant d’un travail décoratif réalisé en Chine spécialement pour les marchés occidentaux et très en vogue sous Louis XV et Louis XVI. Nous préparons également une exposition sur Hiroshima pour 2017-2018. Le Mémorial de la paix va nous prêter 2 500 dessins de survivants illustrant l’expérience de la bombe nucléaire. L’événement sera parrainé par le ministère des Affaires étrangères et, nous l’espérons, par l’ambassade du Japon, la maison de la Culture du Japon, des entreprises et des particuliers.
L'hôtel de Soubise qui abrite les Archives nationales à Paris, . C'est là que sont conservées les archives publiques de l'Ancien Régime et les Minutes des notaires © Sophie Colin
L'hôtel de Soubise qui abrite les Archives nationales à Paris. C'est là que sont conservées les archives publiques de l'Ancien Régime et les Minutes des notaires
Les Archives nationales sont ouvertes au public pour les Journées Européennes du Patrimoine - Samedi 17 et dimanche 18 septembre 2016 de 11h00 à 19h00.

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Crédits photo : Sophie Colin, Archives Nationales
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Bonnes adresses
Hôtel de Soubise
60 rue des Francs-Bourgeois
75003 Paris
Article paru dans le numéro #122 SOLO
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