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Sophie Colin
Entretien | 11 février
10 mn

« Notre rôle est de nous remettre toujours en question »
Avec ses dernières déclinaisons de la montre Reverso, Janek Deleskiewicz, l'optimiste directeur artistique de Jaeger-LeCoultre, veut lutter contre la morosité.

Jaeger-LeCoultre Reverso Classic Medium Duoface Small Second / Hybris Artistica Mysterieuse Mens Timepieces / Duometre Spherotourbillon Pink Gold Magnetite Grey Dial © DR
La prunelle amusée, Janek Deleskiewicz est un homme optimiste, bien décidé à dépasser la morosité ambiante dans laquelle les attentats ont plongé la France. Redonner l’envie de vivre et d’acheter motive le directeur artistique de Jaeger-LeCoultre venu présenter au SIHH les nouveautés de la maison : des nouvelles interprétations de la Reverso au tourbillon mystérieux, des pièces techniquement et esthétiquement remarquables.
Janek Deleskiewicz de Jaeger-LeCoultre © DR

Janek Deleskiewicz de Jaeger-LeCoultre

PLURIS - Quel était, pour vous, le défi de ce SIHH 2017 ?

Janek Deleskiewicz - Ce qui s’est passé en 2016 nous a beaucoup perturbés et influencés. Il y a eu un ralentissement des ventes partout dans le monde. Les Chinois ont eu peur de venir en Europe. Les Français, les Italiens et les Anglais ont moins acheté. Or il faut toujours rester optimiste et redonner l’envie de continuer à vivre sinon ça n’a plus de sens. Ma réaction immédiate a été dans l’excès : nous avons fait une première collection très colorée.

Mais nous nous sommes vite rendu compte que ces couleurs tous azimuts étaient une erreur, ou alors il fallait l’inscrire dans quelque chose de très rationnel. Nous avons donc créé de nouveaux modèles sur la base de l’Atelier Reverso. Cela marche très bien. Nous voulions surtout développer notre ligne majeure qui est la Rendez-Vous, parce que les femmes possèdent de plus en plus de montres et que Jaeger-LeCoultre est très bien implanté dans le monde féminin.

Nous avons donc ajouté une dimension à la gamme : un 38 mm, en plus du 24 et du 29 mm. Nous avions des 38 mm en Master sur des modèles hommes. La difficulté technique a été de déplacer ce petit axe pour le rendre graphiquement compatible avec l’ensemble des dimensions. Enfin, nous avons conçu une Master plus abordable car, au-delà de 6 000 €, nos modèles sont chers pour un public européen.

Son graphisme reprend celui d’un modèle de 1938, très simple, imprimé, et nous arrivons à un prix assez compétitif et un chrono deux compteurs. Ensuite, nous avons fait un long time GMT et une montre trois aiguilles.

Parmi ces nouveaux modèles, quel est celui dont vous êtes le plus fier ? Et pourquoi ?

Il y a tout le travail effectué sur les Reverso complications que nous avions entamé il y a bien longtemps. Mais nous arrivons maintenant à mieux définir la ligne Reverso car nous sommes toujours obligés de la réactualiser. Il y a les Duetto, qui marchent très bien, les Reverso Duo Face pour hommes, et dans la Duo Face, nous avons créé quelques complications, notamment un tourbillon. Et puis nous avons maintenu ce qui existait. Sur les Rendez-Vous, je n’en tire pas de fierté car c’est une montre qui existait et qui nous avait déjà satisfait il y a deux ans. Elle a tout de suite pris de l’ampleur en représentant 20% de nos ventes ou même plus. En revanche, ce que nous avons fait sur la petite Master, c’est remarquable parce qu’elle est simple et très bien réussie et je pense que la plus belle montre que nous présentons cette année est La Hybris Artistica mystérieuse, qui a exigé un travail énorme. Ce tourbillon mystérieux est vraiment remarquable et nous avons pu interpréter le mouvement pour l’homme comme pour la femme. L’ensemble tourne et le tourbillon tourne sur lui-même. Il y a de la nacre taillée au jet d’eau et en dessous, c’est de l’aventurine.

Pourquoi la Reverso est-elle toujours inspirante, 85 ans après sa création ?

Il y a des modèles dans la vie qui sont iconiques mais nous ne savons pas pourquoi et ce n’est pas nous qui le décidons. Et plus ils vieillissent, plus ils grandissent, parce qu’ils s’enrichissent de nouvelles interprétations. Les Reverso actuelles n’ont plus rien à voir avec ce qu’elles étaient au début. Les deux faces n’existaient pas à l’époque. La Reverso grandit grâce au public. C’est lui qui nous demande de la transformer. On nous demande une reverso qui sonne, une qui annonce quand les oeufs sont cuits… Tout est possible et imaginable sur cette montre. Notre rôle est de nous remettre toujours en question et de la réactualiser en permanence. Sinon il y aura une perte de dynamisme et de ventes.

Vous qui êtes musicien (vous jouez du saxophone), comment donnez-vous du rythme à vos créations ? Et la musique est-elle une source d’inspiration dans vos créations horlogères ?

Je pense à toutes ces petites phrases sur le temps que nous disons, comme « je suis en retard », « je n’ai pas le temps », « je perds mon temps », « comment je vais rattraper mon temps », « j’ai fait mon temps «. Il y a toujours cette notion de temps qui n’est pas fondée car, en fait, nous n’avons pas perdu notre temps puisque nous avons fait quelque chose. Par contre, au niveau musical, c’est différent : quand on joue, si on nous demande de compter la seconde, on sait exactement combien de temps on a pu jouer. On peut calculer facilement le tempo car une note (noire, blanche ou croche) a une durée. Et si je suis en avance, je peux vraiment parler d’avance car je suis en avance par rapport aux autres. Si je suis soliste au saxophone, je dois être légèrement en avance parce que c’est moi qui vais tirer l’orchestre pour qu’il ne ralentisse pas. Or quand on fait une montre, on est dans la matérialisation de toutes ces idées. C’est presque platonique car la montre est le résumé de l’inexistant. On a résumé à un petit objet un tas de notions qui tournent autour de nous. Je me suis aussi rendu compte que le système décimal ne fonctionnait ni en musique ni en horlogerie. Il y a douze gammes majeures et douze gammes mineures. Donc on ne peut le mettre en place. Et je pense que dans les couleurs c’est la même chose mais je ne l’ai jamais vérifié.

Dans le dialogue entre créativité et technologie, parmi les modèles présentés cette année, y en a t-il pour lesquels le design a précédé la technologie (et non l’inverse, lorsque le design répond à la technologie) ?

Oui bien sûr ! Par exemple, dès que l’on change la dimension d’une montre, il faut reconsidérer la position des fonctions. Nous, nous pouvons les placer où nous le souhaitons car nous fabriquons nos mouvements. Quand nous avons fait nos grandes tailles de Rendez-Vous, c’est ce que nous avons fait. Nous avons commencé par voir comment nous pouvions faire tourner l’ensemble du cadran plutôt que de faire tourner les aiguilles. Nous sommes toujours en avance et nous demandons au directeur technique ou aux équipes techniques si elles peuvent reconsidérer complètement le mouvement. Nous avons en permanence des développements de mouvements.

Jaeger-LeCoultre accompagne les grands explorateurs. Quels sont les territoires de la création horlogère que vous aimeriez conquérir ?

On m’a toujours parlé de la « Pendule Sympathique » faite par Bréguet et par François-Paul Journe. Quand on la remonte, on y place sa montre de poche et celle-ci se remonte et se remet à l’heure automatiquement en fonction de la pendule, dont elle utilise l’énergie. J’aimerais un jour concevoir une Atmos Sympathique avec une montre qui puisse directement se remonter et se régler sur l’Atmos. J’aimerais que l’on fasse quelque chose comme ça car c’est le summum.
Crédits photo : DR
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