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Sophie Colin
Portrait | 14 mars
6 mn
Debout, prêt au combat, son adversaire l’attend. Jean-Paul Tony-Helissey s’approche à son tour de la piste, et la touche comme pour se l’approprier. C’est son rituel, son gri-gri. Sa botte secrète, qui lui permet de gagner les matchs, c’est la mobilité, et elle lui vaut d’être comparé à un chat ou à un tigre.
Ce jeune escrimeur français, qui a remporté la médaille d’argent par équipe au fleuret aux Jeux Olympiques de Rio, prend un plaisir fou à exécuter ses déplacements d’escrime, dans l’offensive comme dans la défensive. Le visage masqué, il est en mode guerrier : il est là pour gagner.
Au moment où l’arbitre prononce le fatal « En garde ! Êtes-vous prêts ? Allez ! », qui annonce le début de l’assaut, il se concentre pour analyser l’Autre. Il cherche les actions qui pourront le faire gagner. Attaque, parade, riposte, contre-riposte, sixte, quarte, battement, coupé, contre-attaque. Sa touche préférée est le contre-de-sixte fouetté en sautant dans le dos.

Contre-de-sixte fouetté

Jean-Paul Tony-Helissey, 27 ans, a fait ses premières armes à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où il est né. Inspiré par la brillante carrière de Laura Flessel, reine de l’épée surnommée « la Guêpe », et Guadeloupéenne comme lui, il rêve de sommets.
Il enchaîne compétitions locales et internationales de haut niveau, sans négliger ses objectifs professionnels. Et en 2009, il intègre l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), tout en s’inscrivant à la Sorbonne puis à l’ESCP Europe en 2013 pour suivre un cursus de finance.
Médaille d'argent au fleuret aux JO de Rio et étudiant à l'ESCP, Jean-Paul Tony-Helissey multiplie les points communs entre l'escrime et l'entreprise. © DR

Médaille d'argent au fleuret aux JO de Rio et étudiant à l'ESCP, Jean-Paul Tony-Helissey multiplie les points communs entre l'escrime et l'entreprise.

À Paris, il pratique l’escrime à l’AS Bourg-la-Reine, une salle à l’ambiance familiale qui forme de grands fleurettistes, avec Maître Yann Détienne comme maître d’armes, et en suivant les conseils d’éminents escrimeurs comme Brice Guyart. Un encadrement très utile pour vaincre ses doutes : « En tirant avec des très jeunes, je me suis rendu compte que j’avais perdu la notion de jeu, reconnaît-il.

Grâce à l’équipe, j’ai mieux compris le sens de ma passion pour ce sport extraordinaire qu’est l’escrime, et j’ai repris du plaisir dans les matchs. Je suis passé de la 130e à la 40e place mondiale, puis je me suis qualifié pour Rio. »

Ses journées sont intenses. 6h du matin : course, musculation et exercices rythmés de coordination bras et jambes. De 9 à 16 h : cours à l’ESCP Europe ou stage de fin d’études dans un établissement bancaire. De 19 à 20h : entraînement.

Accepter l’échec pour progresser

Selon lui, l’escrime exige plusieurs qualités : sens de l’explosivité musculaire (capacité à déclencher une contraction maximale en un temps minimum), endurance, souplesse, coordination, mental d’acier, rapidité dans l’analyse, maîtrise de soi, dépassement de soi, et humilité face à l’échec. « Il faut accepter et comprendre l’échec pour progresser, poursuit-il. L’issue du match, quelle qu’elle soit, ne change pas ce que je suis intrinsèquement, c’est une expérience de vie extraordinaire que je transpose à d’autres situations. »
Passant avec agilité de la compétition au monde de l’entreprise, Jean-Paul aime à souligner les points communs entre les deux univers, car l’escrimeur de haut niveau et l’entrepreneur font face à des enjeux comparables : le challenge (« L’un et l’autre sont confrontés à la notion de risque sans parachute, et de risque en tant qu’opportunité de se dépasser, même si chez le sportif, la remise en question après une défaite est plus rapide »), la prise de décision (« Elle est extrêmement rapide chez l’escrimeur, qui doit optimiser ses choix pour que le match bascule en sa faveur. C’est la même logique d’arbitrage entre emploi et ressources dans l’entreprise »), l’adaptation et la gestion de l’humain (« Il y a un objectif commun : la réussite de l’équipe ou de l’entreprise, et, dans les deux cas, des rapports sociaux, des luttes d’égo et des tensions entre caractères »).
Décoré de l’ordre national du Mérite en 2016 pour sa présence sur le podium olympique, Jean-Paul Tony-Helissey compte bien porter le drapeau tricolore jusqu’à la médaille d’or, à Tokyo en 2020, voire à Paris en 2024.
Médaille d'argent au fleuret aux JO de Rio et étudiant à l'ESCP, Jean-Paul Tony-Helissey multiplie les points communs entre l'escrime et l'entreprise. © DR
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #131 VOCAL
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Quand escrimeur rime avec entrepreneur à un ami.
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