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Alexis Morloup
Focus | 1er oct.
7 mn

Vous serez bientôt recruté par chatbot
Les premiers robots recruteurs sont apparus dans la Silicon Valley. Est-ce un progrès ? Plus que vous ne le croyez. Analyse.

Les premiers robots recruteurs sont apparus dans la Silicon Valley. Est-ce un progrès ? Plus que vous ne le croyez. Décryptage.  © DR
Interrogez un DRH sur ses tâches les plus fastidieuses, il vous répondra immanquablement : le tri des CV. Chaque offre d’emploi déclenche un torrent de réponses, qu’il faut examiner l’une après l’autre pour trouver la perle rare. Un véritable pensum, que l’intelligence artificielle peut alléger.

En effet, des chatbots recruteurs ont vu le jour dans la Silicon Valley, en utilisant les ressources de l’intelligence artificielle.

Le plus connu, sorti en juillet 2016, est celui de Mya Systems, une startup dédiée au recrutement. Derrière l’idée de Mya, il y a la volonté de réduire l’influence humaine dans les processus de recrutement et d’éliminer tous les biais et les idées préconçues qui expliquent l’homogénéité socio-culturelle des employés de la Silicon Valley.

Un robot pour réaliser des entretiens

Mya, le robot développé par cette startup, est un chatbot intelligent qui évalue les candidats sur la base d’entretiens qu’il réalise lui-même, comme n’importe quel recruteur. Mais Mya (raccourci de « My Assistant ») est programmé pour poser des questions objectives aux candidats, à partir de leurs seules performances. Il évite les jugements que les DRH en chair et en os ont tendance à faire inconsciemment. Et quand il examine le CV d’un candidat, il ne s’intéresse ni à son nom, ni à son apparence, ni à son genre.

Si Mya Systems ne communique pas sur ses clients, de grands cabinets de recrutement font déjà appel à ses services pour initier une conversation avec les candidats. Mya est capable de poser les questions types d’un premier entretien : à partir de quand pouvez-vous commencer ? Est-ce qu’un salaire de 2500 € par mois vous conviendrait ? Combien d’années d’expérience avez-vous ? Il donne aussi des informations sur les spécificités du job, mesure le niveau d’intérêt des candidats et répond aux questions sur la culture de l’entreprise.

Cette première conversation permet de faire un tri parmi les CV en les filtrant en fonction des exigences du poste et en identifiant les backgrounds universitaires et professionnels.

Si le chatbot juge la première interview concluante, il fixe un rendez-vous avec un recruteur humain, en donnant des indications géographiques via Google Maps. Si le candidat ne convient pas, Mya propose d’autres emplois qui lui correspondent mieux, à partir de mots-clés et d’un code postal.

Des réponses ultra-réalistes

Ses réponses sont tellement réalistes que même si les candidats sont prévenus qu’ils discutent avec un robot, 72 % d’entre eux ont l’impression de chatter avec un humain. Enfin, Mya peut être paramétré en fonction des habitudes des recruteurs, certains préférant un ton formel, d’autres un ton plus complice et drôle.

Autre solution intéressante : HireVue, qui utilise un logiciel intelligent basé sur la vidéo et le texte pour dénicher les meilleurs candidats. Intel, Vodafone, Unilever et Nike, entre autres grandes entreprises, l’utilisent déjà. HireVue se sert d’une multitude de données, qui vont du vocabulaire aux expressions faciales. Il peut même mesurer certaines qualités abstraites des candidats comme leur empathie.

Là aussi, HireVue se flatte d’être imperméable aux préjugés humains. Ses créateurs assurent que les candidats sont traités à égalité, quelque soit leur genre, leur origine ethnique, leur âge, leur expérience professionnelle ou leur parcours universitaire. Là où un recruteur humain se laisse influencer malgré lui par ses humeurs et les circonstances, HireVue applique les mêmes process à tous les candidats.

Simplifier les recrutements

D’après CEB, un cabinet conseil spécialisé dans les RH, les ressources humaines raffolent des recrutements basés sur l’intelligence artificielle. Mais les plus gros utilisateurs ne sont pas les entreprises high tech : ce sont les distributeurs qui embauchent massivement pour leurs réseaux de points de vente, et privilégient l’efficacité du recrutement automatique.

Bien sûr, le recrutement reste une science inexacte. L’intelligence artificielle ne garantit pas qu’un candidat très qualifié ne passe pas entre les mailles du filet. Ceci dit, le recrutement par robot interposé permet aux recruteurs de faire un premier tri parmi de grands volumes de candidats, et de se concentrer sur la décision finale du recrutement en disposant de toutes les informations nécessaires.

Quant au risque de « déshumanisation » des ressources humaines, les fondateurs de HireVue et Mya Systems l’écartent d’un revers de main : en éliminant le côté fastidieux du recrutement, les robots aident justement les DRH à être plus disponibles, et donc plus… humains.
Crédits photo : DR
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Article paru dans le numéro #135 eDRH
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